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Un banquier riche d’aventures

Publié le lundi 7 juillet 2003
Portrait

Avant de présider la Compagnie financière Edmond de Rothschild, en 1998, Michel Cicurel est passé par le cinéma (furtivement), la fonction publique, Cortal et Cerus. Avec sa nonchalance, son air d’éternel play-boy et son contact facile, Michel Cicurel ne correspond pas exactement à l’image habituelle du banquier gérant les grandes fortunes. Il préside pourtant, depuis cinq ans, la Compagnie financière Edmond de Rothschild, un des établissements bancaires parisiens les plus prestigieux.

Avec une certaine réussite, à l’exception d’e-roths-child – une banque en ligne qui a disparu avec l’éclatement de la bulle Internet –, l’établissement se porte bien.

Alors que la plupart des sociétés de gestion ont vu fondre leurs encours au fur et à mesure de la débâcle boursière, celle de la Compagnie financière en a attiré de nouveaux, grâce aux bonnes performances de ses produits. Après un parcours contrarié, M. Cicurel semble avoir trouvé un poste taillé pour lui. « La marque Rothschild est éternelle et universelle, j’ai l’ambition de faire grandir la société sans changer de taille », explique-t-il avec jubilation. Mieux encore, M. Cicurel semble avoir trouvé un modus vivendi avec l’héritier de la banque, Benjamin de Rothschild : « À lui, la stratégie ; à moi le quotidien » se félicite-t-il.

Une harmonie qu’il peut savourer après un parcours professionnel qui a été parfois contrarié

La carrière de M. Cicurel n’a pas été linéaire, c’est le moins que l’on puisse dire. Une fois le baccalauréat math élém en poche, il tourne avec son frère un film sur une pellicule périmée. Le court-métrage est sélectionné en 1966 pour le Festival de Cannes, dans la catégorie amateur. Il est primé. Mais cela n’incite pas M. Cicurel à se lancer dans le cinéma. D’ailleurs, s’il avait dû être artiste, il aurait probablement été peintre. Il garde cachées dans son bureau cossu de la rue du Faubourg-Saint-Honoré plusieurs tolles qu’il n’a pas finies.

Non, le 20 sur 20 obtenu à l’oral de l’Ecole nationale d’administration et octroyé par Jean-Yves Haberer et Michel Camdessus – deux membres éminents du Trésor à l’époque –, lui ouvre d’autres voies. En 1973, M. Cicurel devient administrateur civil au ministère des finances, au bureau financement de l’agriculture, du commerce et du tourisme. Puis le premier ministre Raymond Barre lui confie une mission sur le financement du logement en 1977. M. Cicurel devient alors un habitué des colonnes du Monde, où il donne des points de vue, souvent iconoclastes, sur la politique économique française. Il est appelé par M. Haberer, devenu directeur du Trésor, mais l’arrivée de la gauche va contrarier les grandes ambitions du neveu de Pierre Mendès France.

Pour relancer sa carrière, il choisit la banque. Jacques de Fouchier, redevenu brièvement président de Paribas après sa nationalisation, le nomme à la Compagnie bancaire, comme chargé de mission à l’Union de crédit pour le bâtiment. Mais c’est à partir de 1984 qu’il va acquérir une légitimité dans la banque. On lui confie le pilotage du lancement de Cortal, la première banque à distance française.

Le projet apparaît bien audacieux et les premières années sont difficiles. Des produits innovants vont toutefois permettre à l’établissement de survivre puis de se développer. La première sicav obligataire versant un revenu trimestriel rencontre un grand succès, mais le krach obligataire de 1986 divise par plus de deux le rendement du produit. Cortal est presque sur le point de s’arrêter. C’est alors que le compte Optimal naît, en 1988. Ce premier compte-chèques rémunéré rencontre l’adhésion des épargnants alléchés par des rendements sans équivalent et, à la fin des années 1980, la banque est proche de son point mort. Mais cela ne satisfait pas M. Cicurel : « J’avais l’impression que ça pouvait rouler sans moi », confie-t-il.

À la surprise générale, il devient administrateur délégué de Galbani, la filiale fromagère italienne de BSN. Antoine Riboud lui fait miroiter sa succession. Mais le scénario ne se déroule pas comme prévu. Au bout de deux ans, il quitte le groupe, bredouille.

En 1992, il accepte de prendre la présidence de la holding Cerus, le bras armé français du financier italien Carlo De Benedetti. Le défi est important, l’ancienne coqueluche du marché parisien a perdu de sa superbe. Après l’échec de la prise de contrôle de la Société générale de Belgique, elle voit son cours s’écrouler en Bourse et souhaite prendre des participations industrielles. M. Cicurel rêve de construire un groupe autour de sa participation dans l’équipementier Valéo.

En fait de bâtir un groupe, il sera l’artisan du démantèlement de Cerus, qui paye les erreurs du passé. Plombée par la déconfiture de la banque Duménil-Leblé, la société connaît plusieurs années de pertes et doit attendre le milieu des années 1990 pour sortir la tête de l’eau. En 1996, Cerus vend sa participation dans Valéo. Le groupe a été vidé de sa substance et, malgré une trésorerie importante, ne parvient pas à investir ailleurs.

En 1998, M. Cicurel quitte Cerus pour Rothschild et commence une nouvelle aventure. Cette fois, pas de mauvaises surprises.

Article rédigé par Joël Morio pour Le Monde